Le conte à règler : Oui-Oui le formateur

19 03 2010

Connaissez-vous l’histoire tragique et merveilleuse de Oui-Oui le formateur ? C’est une histoire curieuse, de celle qui vous habite, vous raconte et vous écoute. Une histoire à ne pas mettre dans toutes les oreilles, une histoire à ne raconter qu’entre pairs. Une histoire qui vous coule de la tête jusque dans le cœur, pour voir si vous êtes toujours vivant, toujours révolté, toujours fragile.

Oui-Oui le formateur était le descendant d’une double lignée d’aventuriers et de savants, où se croisaient quels prêtres et deux ou trois philosophes. Oui-Oui le formateur était né des amours torrides de Père Formance et de Mère Fort-Rance. Toute son enfance devait être marquée par cette union contre nature.

Père Formance était un père séduisant, brutal, égoïste et jaloux. Il avait passé toute sa jeunesse en compagnie des Trente Glorieuses, qui formaient une cour de stars et de harpies. Elles avaient fait de Père Formance un champion aux mille exploits, toujours envié et flatté, ivre de succès, nageant dans le strass et les sun-lights. Hérault de la société de Consommation, il la servait en esclave, lorgnant avec gourmandise son trésor le plus précieux : l’âme des enfants. Il vivait dans une caverne de bacchanales. L’ogre était dans la tombe et regardait la main qui paie. Toute son enfance, Oui-Oui le formateur avait entendu son Père Formance lui enseigner les 3 préceptes de la réussite : l’argent, le pouvoir et la gloire. Ebloui par la force de son Père Formance, Oui-Oui le formateur avait pris le chemin de la réussite, ce qui faisait la fierté de son père.

Lire la suite »

Commentaires : Pas de Commentaires »


Con Sultan(t) For(t) Mateur

19 03 2010

Les titres utilisés par les formateurs pour se (re)présenter forment une longue liste où figurent des appellations aussi restrictives (animateur) qu’ésotériques (andragogue), aussi ambigues (conseil en formation) que lointaines (training manager), etc ….

J’ai choisi celui de consultant formateur pour quatre raisons qui me semblent bien symboliser notre métier:

- dans le mot « consultant » il y a le mot « con ». L’une des caractéristiques majeures de ce métier est bien de valoriser le droit à la connerie. L’action de formation est et doit rester un exutoire, un espace de liberté où la bêtise n’est pas la forme la moins intéressante de « pensée à côté ». La créativité, le décalage, la remise en cause, l’humour, le rire, la provocation et le paradoxe sont le lot quotidien du formateur en action. Moitié charognard, moitié marchand d’espérance, il incarne parfaitement le chevalier « Braillard » pourfendant la résistance au changement.

- dans le mot « consultant » figure le mot « sultan ». Je me souviens avec délice et nostalgie d’une formation torride à Marrakech, en maillot de bain et Ray-ban, le tableau-papier installé au bord de la piscine, trônant en plein soleil au milieu d’un essaim de jolies filles. Pour moi ce métier présente aussi cette aspect ambigu, mélange de cabotinage, de chaleur humaine, de convivialité, d’intensité dans la relation, tout à la fois très forte et très limitée dans le temps. Animer, sympathiser, s’impliquer dans la volonté d’apprendre des stagiaires est un plaisir physique, une jouissance qui n’a d’égale que la magie et la satisfaction de les voir progresser sur eux-mêmes.

- dans le mot « formateur » on retrouve l’évocation du mot « fort ». Au base-line d’une carte de visite d’un ami formateur belge (« Deloche, pourquoi tant de haine ? ») qui indiquait « la connaissance donne la puissance » je préfère la citation de Francis BACON « Le savoir est en soi pouvoir ». Notre métier est pour moi aussi inséparable de la notion de force que l’apprentissage de la notion d’ouverture. C’est la puissance de la formation qui peut féconder l’ouverture d’esprit des stagiaires et donner naissance à l’acte d’apprentissage. Tel Yoda le Jedi dans sa lutte contre Darth Vader, nous sommes les hérauts du combat de l’intelligence contre l’imbécillité et la médiocrité, de la tolérance contre le fascisme, le fanatisme, l’intégrisme et l’obscurantisme, de l’indépendance d’esprit contre l’impérialisme des nantis, de la culture et de la beauté contre l’ignorance et la misère. L’idée de formation est et doit rester une idée subversive et nous sommes les chantres de la révolution pédagogique. L’actuelle challenge de la compétence dans nos pays développés ne peut donner que plus de force à notre combat. En plagiant SAINT JUST on pourrait clamer: « La révolution pédagogique ne prendra fin qu’avec la perfection du bonheur ».

- enfin dans le mot « formateur » se cache le mot « mateur » qui illustre bien le caractère fondamentalement voyeuriste de ce métier. La base de ce métier repose sur la capacité du formateur à observer, à regarder fonctionner, à analyser, comprendre pour reformuler. Tout en dépassant les apports de l’école rogérienne sur les méthodes pédagogiques post soixante-huitardes, il convient de rappeler que l’efficacité pédagogique ne peut que faire suite à une véritable analyse en profondeur (audit) des besoins en formation, tant auprès des futurs stagiaires qu’auprès du commanditaire (entreprise ou autre). La pertinence du discours du formateur tient beaucoup à l’impertinence de son regard, à son statut proche du fou du roi, sa force de proposition tient à l’indiscrétion de sa démarche, à son rôle de candide, la confiance qu’on lui accorde tient à la bienveillance chaleureuse dont il « couve ses » stagiaires.

Pour toutes ces raisons, je suis fier de porter ce titre aussi signifiant en matière d’éthique (et tac) que chargé en implications sémantiques (et toc).

Dominique DELOCHE

1995

Commentaires : 2 Commentaires »


Le management des managers dans Invictus

19 02 2010

Le magnifique dernier film de Clint EASTWOOD est l’occasion d’une remarquable démonstration de savoir faire en matière de management de managers. Le film raconte l’épisode extraordinaire de l’arrivée de Nelson MANDELA (superbe et impressionnante prestation de l’acteur Morgan FREEMAN, initiateur du projet cinématographique et ami de l’ex-président) à la tête de l’Afrique du Sud, et de ses rapports (« management ») avec le capitaine blanc (joué par un très convaincant Matt DAMON) de l’équipe des Springboks lors de la Coupe du monde rugby en 1995. Le film nous parle de pratique managériale, de la part du nouveau président avec le capitaine de l’équipe (management de managers) et du capitaine de l’équipe avec ses joueurs (management de proximité). Le film se fait parfois très didactique, révélant un savoir faire très explicite en matière de Gestes et Postures du Management de Proximité (cf 62 gestes et postures du management de proximité par Dominique Deloche – édition Ingeneris 2008). Le film suscite une véritable réflexion sur l’importance aujourd’hui de l’exemplarité du top management dans les grandes entreprises, et peut-être de l’exemplarité des élites politiques. L’actualité met en lumière aujourd’hui la crise de confiance des salariés et des citoyens en leurs grands patrons et en leurs leaders politiques.

Mais le film repose à sa façon des questions fondamentales et très instrumentales : comment faire en sorte que les managers managent plus, différemment ? Comment les managers incitent ‘ils les managers qui dépendent d’eux à manager leurs équipes vers l’excellence et le dépassement de soi ? Quel sens donne t’on à l’action collective ?

Vaste sujet, qui met en question nombre de discours, pratiques, comportements placés aujourd’hui dans la lumière de l’actualité (salaire des grands patrons et stock options, suicides et harcèlements, spéculation purement financière des fonds de pensions, etc …

Lire la suite »

Commentaires : 2 Commentaires »