Les moyens technologiques modernes ne facilitent le respect de la frontière entre vie professionnelle et vie privée

7 10 2013

Question posée par Hervé sur le site de Verbiage Management

L’ambiguïté tient au relatif confort de pouvoir travailler, en toute liberté, en dehors du cadre clos de son bureau ou de l’entreprise. Confort relatif, car le travail dans ces conditions devient vite contrainte intrusive dans la vie privée (ordinateur, téléphone, mails, etc …). Les nouvelles technologies permettent aujourd’hui de se  connecter, se brancher à sa situation de travail ou à son outil de travail privilégié : l’ordinateur. Ce relatif confort fait aujourd’hui débat :

-          les workalcoliques sont rivés à leurs smartphones 24h sur 24, 7 jours sur 7. L’addiction au travail peut se révéler source de stimulation et de bien-être. A condition d’en user modérément selon l’ISMAT. Le leader suisse du management de la performance et du climat social, estime que les personnes dépendantes au travail sont stimulées par le challenge professionnel. A quel moment la stimulation et le bien-être deviennent surmenage et surcharge ? A quel moment la surexposition au travail devient contre-productivité, selon le constat qu’en faisait Ivan ILLICH (Le travail fantôme – Seuil – 1980) ?

-          les designers de locaux professionnels qui proposent des environnements professionnels (en entreprise) qui permettent de retrouver le confort et la convivialité de sa cuisine (Le Monde du 3 septembre 2013 – Dossier Au secours, mon bureau a disparu),

-  ��       les entreprises étendent peu à peu, en conscience ou mollement, l’espace de la disponibilité demandée à leurs salariés au travers de ces nouveaux outils de communication. Ce phénomène est directement pointé comme facteurs de risques psychosociaux (Rapport du collège d’experts, rapporteur Michel Gollac, avril 2011 sur l’intensité et les horaires de travail)

-          les médecins du travail, les partenaires sociaux, les observateurs du monde du travail alertent sur les dérives d’une charge de travail qui empiète tous les jours un peu plus l’espace réservée à la vie privée. Pascal Alix, avocat à la cour, rappelle que la jurisprudence commence à intervenir sur les cas limite de disponibilité exigée pendant les temps de pause et la vie privée : http://www.virtualegis.com/bulletins/document.php?ref=187.

Mais surtout, les nouvelles technologies, dans la vie professionnelle (comme dans la vie privée sans doute) ne garantissent pas une excellente communication. Comme le rappelle Dominique WOLTON, directeur de l’Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC), la performance des syst������mes de communication n’a rien �� voir, bien au contraire, avec la qualité de la communication interpersonnelle. On n’a jamais eu autant d’outils pour communiquer et les conditions minimalistes de la communication managériale ne sont pas toujours respectées.

On multiplie la communication informative en donnant l’information lors de réunion, on la reformule lors d’entretiens (avec l’énervement en plus lorsque les personnes n’ont toujours pas compris), on fait des formations pour expliquer en détail, des conventions pour médiatiser les messages, de belles plaquettes pour sensibiliser, des mails réitérés pour les niais qui n’ont toujours pas intégré les messages. Mais la posture qui consiste à interroger les personnels «  qu���est-ce que vous avez compris ? Qu’est-ce que vous allez faire ? Comment allez-vous vous y prendre ? ». Comme le rappelle, avec beaucoup de pertinence, Jean Jacques MACHURET « arrête de m’expliquer, fais-moi comprendre » ; c’est-à-dire arrête de me dire ce que tu as à me dire avec ta représentation mentale, ton cadre de références, mais fais-l’effort  d’intégrer mon cadre de références, ma singularité pour me permettre de comprendre et int����������grer ce que tu es en train de me dire.

L’exercice du management s’appauvrit de cette communication minimaliste par mail ou SMS, faite d’injonctions, d’informations, de consignes, noyée au milieu de copies de mails adressés à d’autres. Le comble de la non communication, pour ne pas dire le non management consiste à recevoir un mail d’information adressé par la personne qui travaille en face de soi.

Dominique DELOCHE



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