Con Sultan(t) For(t) Mateur

19 03 2010

Les titres utilisés par les formateurs pour se (re)présenter forment une longue liste où figurent des appellations aussi restrictives (animateur) qu’ésotériques (andragogue), aussi ambigues (conseil en formation) que lointaines (training manager), etc ….

J’ai choisi celui de consultant formateur pour quatre raisons qui me semblent bien symboliser notre métier:

- dans le mot « consultant » il y a le mot « con ». L’une des caractéristiques majeures de ce métier est bien de valoriser le droit à la connerie. L’action de formation est et doit rester un exutoire, un espace de liberté où la bêtise n’est pas la forme la moins intéressante de « pensée à côté ». La créativité, le décalage, la remise en cause, l’humour, le rire, la provocation et le paradoxe sont le lot quotidien du formateur en action. Moitié charognard, moitié marchand d’espérance, il incarne parfaitement le chevalier « Braillard » pourfendant la résistance au changement.

- dans le mot « consultant » figure le mot « sultan ». Je me souviens avec délice et nostalgie d’une formation torride à Marrakech, en maillot de bain et Ray-ban, le tableau-papier installé au bord de la piscine, trônant en plein soleil au milieu d’un essaim de jolies filles. Pour moi ce métier présente aussi cette aspect ambigu, mélange de cabotinage, de chaleur humaine, de convivialité, d’intensité dans la relation, tout à la fois très forte et très limitée dans le temps. Animer, sympathiser, s’impliquer dans la volonté d’apprendre des stagiaires est un plaisir physique, une jouissance qui n’a d’égale que la magie et la satisfaction de les voir progresser sur eux-mêmes.

- dans le mot « formateur » on retrouve l’évocation du mot « fort ». Au base-line d’une carte de visite d’un ami formateur belge (« Deloche, pourquoi tant de haine ? ») qui indiquait « la connaissance donne la puissance » je préfère la citation de Francis BACON « Le savoir est en soi pouvoir ». Notre métier est pour moi aussi inséparable de la notion de force que l’apprentissage de la notion d’ouverture. C’est la puissance de la formation qui peut féconder l’ouverture d’esprit des stagiaires et donner naissance à l’acte d’apprentissage. Tel Yoda le Jedi dans sa lutte contre Darth Vader, nous sommes les hérauts du combat de l’intelligence contre l’imbécillité et la médiocrité, de la tolérance contre le fascisme, le fanatisme, l’intégrisme et l’obscurantisme, de l’indépendance d’esprit contre l’impérialisme des nantis, de la culture et de la beauté contre l’ignorance et la misère. L’idée de formation est et doit rester une idée subversive et nous sommes les chantres de la révolution pédagogique. L’actuelle challenge de la compétence dans nos pays développés ne peut donner que plus de force à notre combat. En plagiant SAINT JUST on pourrait clamer: « La révolution pédagogique ne prendra fin qu’avec la perfection du bonheur ».

- enfin dans le mot « formateur » se cache le mot « mateur » qui illustre bien le caractère fondamentalement voyeuriste de ce métier. La base de ce métier repose sur la capacité du formateur à observer, à regarder fonctionner, à analyser, comprendre pour reformuler. Tout en dépassant les apports de l’école rogérienne sur les méthodes pédagogiques post soixante-huitardes, il convient de rappeler que l’efficacité pédagogique ne peut que faire suite à une véritable analyse en profondeur (audit) des besoins en formation, tant auprès des futurs stagiaires qu’auprès du commanditaire (entreprise ou autre). La pertinence du discours du formateur tient beaucoup à l’impertinence de son regard, à son statut proche du fou du roi, sa force de proposition tient à l’indiscrétion de sa démarche, à son rôle de candide, la confiance qu’on lui accorde tient à la bienveillance chaleureuse dont il « couve ses » stagiaires.

Pour toutes ces raisons, je suis fier de porter ce titre aussi signifiant en matière d’éthique (et tac) que chargé en implications sémantiques (et toc).

Dominique DELOCHE

1995

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